J'ai gardé du printemps, l'insolence
J'ai gardé de l'été, l'insouciance
J'ai ramassé de l'automne
Quelques feuilles froissées
Et,
Sur les pages blanches
De la saison d'après,
J'ai jeté mes semences.
Pour que tout recommence.
- A tout prendre
-
- Il leva les yeux au ciel
-
- Sentant son avenir proche.
-
- Il vit les étoiles
-
- Comme des sentinelles.
-
- Alors il descendit
-
- Quelques barreaux de l'échelle.
-
- Arrivé sur le toit de sa vie,
-
- Il se laissa glisser
-
- Vers la cour des miracles
-
- Où il vivrait bien
-
- Encore quelques années.
-
- J'aime les ciels d'automne
-
- Aux reflets de Savane.
-
- Jouez hauts bois!
-
- Jouez fougères!
-
- Jouez dans la lumière!
-
- Accordez vos couleurs pour plaire au soleil.
- Regardez, il descend,
-
- Plus près de l'impatiens,
-
- Plus près de l'immortelle,
-
- Embrassant au passage
-
- L'arbre du dernier soir
-
- Avant de disparaître.
-
C'est un peu comme si
Je versais mes pensées au col d'un entonnoir
Pour n'en garder qu'un jus goûteux, facile à boire.
J'aimais à picorer au creux de votre main
Comme un oiseau blessé, quelques miettes de pain .
Je comptais sur mes doigts les mots que je vous donne
Et détruisais ainsi l'ouvrage de l'Automne.
J'allais facilement jusqu'au bout de ma plume.
Vider mon encrier, mes excès d'amertume.
Je fouillais quelquefois, comme un nouveau défi,
A me salir les larmes, les caves de l'oubli.
J'avançais lentement sur un filin d'acier
Suspendu de ma vie à la votre, sans tomber.
C'est un peu comme ça que j'écris...
Michèle UGUEN.
Été de Bretagne
Reflet du monde!
Tu arrives comme une promesse,
Tu passes comme un mensonge!
Quand l'absence est trop longue,
Quand, pour reconnaître un visage
Il ne reste plus que des images froissées,
Le souvenir palpitant vous envoûte
Et vous sort des étoiles limites terrestres.
SEPARATION
Elle est tombée du haut de son jeune âge
Une larme coulait sur son visage
Elle la recueillit sur son doigt
Pour mieux tourner la page
Petit oiseau
Quittait le nid
Mal construit
De la vie.
Je connais des villages de plusieurs âmes
où il existe seulement
une boulangerie
ouverte le dimanche
Chacun faisant la queue en silence
pour un morceau de pain blanc.
J'ai tiré le rideau
sur un faux jour
et je suis sortie
entre chien et loup
pour apprivoiser la nuit.
NUANCES
J'ai vécu sur la pointe du temps
Des jours d'incertitude
Demain,
J'irais de cytise en lilas
A l'heure où les parfums se touchent
Et glissent vers la terre.
Je marcherai au soir livide
Sous un halo de lune,
Le regard suspendu
Au silence argenté d'une étoile.
J'attendrai que les ames
Lasses d'un ciel d'asile
S'effleurent
Et glissent vers la terre
Au parfum de cytisse,
Aux senteurs de lilas
Epanouies de certitude.
Je laisse sur le sable des traces qu'accompagne
Un vol de goélands incolore et bruyant.
J'ai des yeux puérils que la vague me gagne
Et meme elle déferle sur mes reves mouvants.
Etes vous coquillages ou bien colliers défaits,
Perles jaunes , nacrées, laissées sur le rivage?
Fragiles talismans d'un amour balbutié,
Fidèle, si joli,qu'on dirait d'un autre âge.
A mes pieds l'algue brune, par l'océan vomie,
S'enroule et se déroule et respire encore.
Sais- tu ? je reviendrai libre de mon ennui
Et j'aurai son parfum jusqu'au bout de mon corps.
J'aime les paysages aux multiples réponses
Et les printemps fanés inhumés dans un vase.
La mer coule en moi sans que je le dénonce,
Des fleurs multicolores ondulent dans l'extase.
Michel UGUEN.
lA PLAGE.
Le sable était vétu
de filles dévétues;
Les rochers habillés
de mousseline blanche,
Un rideau turquoise
accroché aux rayons du soleil
tombait en fine dentelle.
Le plafond était parsemé
d'oiseaux déployés.
J'ai posé mon crayon
J'ai posé mon pinceau;
j'ai fermé la porte d'une poignée de coquillages.
Je suis restée dans mon tableau
accroché au dessus de ton lit
vétu de filles dévétues.
LAISSANT SUR LES VISAGES
L'ESPACE D'UN REGRET
Sur la grande avenue,
des souvenirs défilent:
des bons et des mauvais.
Au bord de l'avenue,
la foule se rassemble,
et reconnait les siens.
Au coin de l'avenue,
des souvenirs s'en vont,
dont on a n'a pas voulu.
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